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 S'enflammer de liberté

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Ehren
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Localisation : France - Haute-Marne
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MessageSujet: S'enflammer de liberté   Ven 4 Juil - 8:00

Voilà des semaines qu’ « ils » m’ont enfermé…Les conditions sont terrifiantes… Je ne suis pas seule, mais à vrai dire, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose. Peut-être aurais-je préféré me sentir seule. Seule contre tous. Au moins, si j’avais été seule, je me serais résignée par désespoir, par solitude, à baisser les bras, à ne plus combattre. Mais aussi nombreuses que nous sommes, j’ai l’espoir d’une rébellion, d’une révolte, qu’un jour nous puissions dire STOP. En vain. Les autres sont comme moi, elles attendent…
Le pire, est de mettre de l’espoir à attendre. A attendre quoi ? Attendre seulement, sans savoir ce qu’on découvrira après. Peut-être est-ce bien pire après ? Je ne pense pas. Qu’est-ce qui pourrait être pire que d’attendre là, dans cet endroit. La pièce où nous sommes stockés est plus qu’exigue. A peine quelques centièmes de millimètres d’espace vital entre nous. Parfois, je suffoque, j’étouffe, je souhaiterais me débattre, crier, hurler, mais rien à faire, je ne peux rien faire. Juste attendre. Attendre que la crise passe, respirer lentement. Attendre… Parfois, mes souvenirs reviennent. Enfermer, ici, depuis des semaines, je finis par tout oublier, plus de mémoire, plus de pensée, plus de souvenir…Mon esprit ne semble plus pouvoir lutter, il attend lui aussi. Plus que des souvenirs à proprement parlé, ce ne sont que des petits flashs, très courts, très imprécis. Dans ces flashs, je n’arrive jamais à me voir, à me regarder, ce ne sont que des sensations que je ressens. Il y a quelques jours, enfin je crois, car la notion du temps à complètement disparu, je ressentais le vent me caresser, je voyais le ciel bleu, les insectes virevolter près de moi…
Quelles agréables sensations…Cela ne dure malheureusement que quelques secondes, mais quel plaisir. Ces souvenirs qui reviennent, me permettent de tenir bon, de ne pas sombrer dans la folie, me rassurent. Il y a eu un avant, il y aura un après… La pièce est toujours maintenue dans l’obscurité la plus totale.
Des semaines entières dans le noir, à sentir près de moi, mes autres compagnes, sans pouvoir les distinguer, juste les sentir coller contre moi dans cet espace réduit. Personne ne parle…Personne n’ose…
D’ailleurs le pouvons-nous encore…Nous attendons…Point. Aujourd’hui, ça a recommencé ! Cela faisait longtemps que ça n’était pas arrivé ! La pièce s’est mise à trembler, à bouger, à se renverser… Je pense que nous sommes situés sur une zone terriblement sismique. Les murs de la pièce résistent, les parois ne sont ni dures, ni véritablement souples. Impossible de déterminer en quelles matières ils sont faits. Peu importe, ils résistent. Je pense qu’ils ont été fabriqués spécialement pour endurer ces secousses. A priori pas de porte, ni de fenêtre. Les secousses ont duré moins longtemps, mais ont été plus violentes qu’auparavant. Dans notre malheur, c’est la meilleure nouvelle depuis des semaines, ici, au moins nous sommes en sécurité. Lors de ces secousses, certainement dû à la peur, mes visions se font plus précises, moins floues. J’arrive même à ressentir la chaleur du soleil s’abattre sur moi, les odeurs de la Terre. Je revois mes amis les plus proches. C’est agréable, pourtant je suis envahie d’une certaine appréhension. Je ne sais pas l’expliquer…Je ne me vois toujours pas dans le passé ; dans mes flashs ; mais je sais que je ne suis plus pareille. J’ai changé ! Une peur plus intense m’envahit ! « Ils » m’ont transformé !!!

Voilà plusieurs semaines que nous sommes là, dans le noir, dans le silence. Personne n’a dit un mot, personne n’ose…Le pouvons-nous encore…Il faut que j’essaie ! Il faut que quelqu’un commence. Il faut qu’on communique, quelqu’un doit bien avoir des informations où nous nous trouvons, ce que nous faisons là…Il faut s’organiser pour sortir de là ! Redevenir LIBRES !!! Il faut que je parle la première !!! Je …Je…J’essaye mais reste ne se passe. Des semaines sans dire un mot, dans cette obscurité, dans cette pièce, dans ces secousses. Pouvons-nous encore parler…Il faut que j’essaie encore…Encore…Les secondes passent comme des heures, l’effort est insupportable, mais je continue. Rien ne sort, pas un son…Les heures ont passé et je me suis résigné, je ne sais plus parler, ni même pousser un cri…Je dois me rendre à l’évidence, tout est perdu…

Parfois, il me semble entendre des voix à l’extérieur. Des voix très lointaines, à peine perceptibles. J’ai beau me concentrer pour décrypter les sons, je ne comprends rien, cette langue n’est pas la mienne. A moins, que je ne puisse plus ni sortir un son, ni les comprendre. Parfois même, j’ai l’impression d’entendre de la musique, parfois douce parfois avec des sons très durs, très forts, le plus souvent d’ailleurs. Parfois, j’ai très chaud, ou parfois très froid, comme si l’environnement extérieur changeait brutalement. Les secousses se font de plus en plus fréquentes. Parfois très légères, parfois plus brutales. On a toujours peur que les murs ne tiennent pas. C’est ce qui arriva un jour…La secousse fut très importante, nous étions, mes compagnes et moi-même, retournées, ballottées, parfois la tête en haut, parfois en bas. Et puis, notre plus grande peur se réalisa. Le toit céda. On entendit d’abord, de légers craquements, puis le toit fut emporté…La lumière est devenue très intense, éblouissante, aveuglante. Les semaines dans le noir ont atrophié notre vue. Mais au bout de quelques secondes, notre esprit transforme les informations pour nous les rendre perceptibles. Dehors, la lumière, le ciel bleu, l’odeur fraîche du printemps…Quel merveilleux plaisir ! Nous allons redevenir libres ! Et en effet, d’un coup, une de mes compagnes sort de la pièce, comme aspirée par l’ouverture nouvellement créée. A peine entièrement sortie, elle poussa un énorme cri…Aaahhh ! Ce cri me terrifie mais me rassure en même temps, nous pouvons encore parler ! La lumière nous éclairant toujours, je pense surtout à distinguer l’extérieur, essayant de me donner des indications sur l’endroit où nous nous trouvons. En vain, je n’aperçois pas grand-chose mis à part, le ciel bleu. Mon regard, se porte donc, sur l’intérieur de notre prison. Murs blancs, ni durs, ni souples…Je regarde enfin mes voisines de cellules, nous sommes nombreuses, impossible à définir exactement, je ne distingue pas l’autre bout de la pièce. Peut-être 25 ou 30. Nous sommes toutes habillées de la même façon. « Ils » nous ont enfilé des blouses blanches, toutes identiques, et des espèces de bottes beiges. Au niveau de la ceinture, des inscriptions. Je n’arrive pas à comprendre ces signes. Des lettres, probablement, mais encore une fois, cette langue n’est pas la mienne. D’un coup, la lumière disparaît, laissant place à notre obscurité habituelle. Le toit n’aura cédé que quelques secondes. J’ai peur…J’essaie de réfléchir mais j’ai peur. Celle qui est partie, a crié, nous pouvons donc encore produire des sons. Je me dois de continuer mes efforts. Après maintes et maintes reprises, j’arrive enfin à crier, non hurler une sorte d’aboiement animal, bestial sorti de mes entrailles les plus profondes : Hrrraaahhh !!! Toutes les autres sursautent, moi-même, je dois l’avouer, j’ai été surpris par mon effroyable cri. Ma voisine coincée devant moi me pousse fortement et me serre contre la paroi. J’ai le souffle coupé. J’ai mal. L’autre à ma droite me lance un « CHUT, tu es devenu folle ! » Tout est maintenant clair, nous pouvons parler, communiquer, nous comprendre. Chacune de nous peut parler mais c’est la peur qui nous en empêchait. Je commence à ne plus avoir si peur…J’ai le désir de parler, de m’exprimer ! Encore un cri, comme pour me rafraîchir la voix, et enfin, moi aussi, j’émets mes premières paroles. « Où sommes-nous ? Est-ce qu’une d’entre nous, sait où nous sommes ? » Ma voisine me chuchote une seconde fois de me taire, mais c’est plus fort que moi. Il faut parler ! Je chuchote donc aussi… « Et toi, tu sais où on est ? » « Non » me répond-elle enfin. « Tu vois bien comme moi que l’on est enfermé ici depuis des lustres, dans le noir… ».
A en croire les tremblements de sa voix, elle aussi est traumatisée, apeurée que nous toutes. Encore des secousses…Nos voisines nous demandent de nous taire. Toutes ont peur…Des voix extérieures se font entendre. Une odeur d’alcool fort émane de l’extérieur de notre pièce. Pendant un moment, plus rien.
Puis les conversations reprennent. Nous ne comprenons pas ce langage. Où sommes-nous, que se passe-t-il ? Je tente de reprendre ma conversation avec…avec ma voisine…Comment s’appelle-t-elle ? « Eh ! Comment
tu t’appelles ? » « Comment je m’appelle…Euh…Je ne sais pas…Je n’ai pas de nom… » « Tu n’as pas de nom ! Tout le monde a un nom ! Moi je m’appelle : … » Mon nom…euh…Moi non plus, je ne sais pas, je ne sais plus…Effectivement, moi non plus, je n’ai pas de nom…Au fait combien sommes-nous ? « Elle » me répond que l’on doit être environ une quinzaine. Je propose que chacune se compte, et crie son numéro en commençant par celle la plus éloignée à gauche de la pièce. « CHUT ! CHUT ! » Crient-t-elles ! Mais enfin, une se lance et hurle « UNE ! », puis la suivante « DEUX » et ainsi de suite. Arrive le tour de ma voisine qui s’écrie « 17 », puis moi hurlant « 18 » pour la dernière fois…Nous sommes donc 18. Nos noms devenaient alors tout trouvé ! Ma voisine s’appellerait 17 et moi 18. Mais encore des secousses…Le toit cède encore une fois…4 s’en est allé…Là-bas…Dehors…Libre, enfin libre. Je me réjouis pour elle…Mais les autres m’agressent : « C’est de votre faute, vous parlez trop !!! 4 a disparu à cause de vous !!! » Je ne comprends pas, elles devraient toutes être contentes, moi j’envie 4, je souhaiterais faire comme 4, redevenir libre ! Je crois qu’elles ont peur, peur de l’inconnu, de ce qu’il se passe dehors…Moi, je rêve d’y être. 17 m’explique pourquoi les autres ont peur, elles pensent que nous sommes des genres de cobayes, qu’ « ils » viennent nous prendre une par une pour effectuer des expériences…Je n’avais pas réfléchi à ça. Le toit ne cède pas à
cause des secousses, mais s’ouvre comme une porte…Mon Dieu, où sommes-nous ? Parfois, il se passe des heures, parfois quelques minutes entre les secousses puis le toit qui s’ouvre, pour laisser partir une autre d’entre nous. Parfois même, 2 disparaissent en même temps. C’était le cas pour 11 et 13. Nous ne sommes plus nombreuses. Plus que quelques unes. Depuis, il est vrai que nous ne parlons plus. Le silence nous envahit, la peur monte…

Des heures se sont écoulées depuis que 15 est partie, c’est bientôt mon tour, je le sens…J’ai peur…La pièce est plus supportable. Toujours dans le noir, mais maintenant, on a de la place…Le toit s’ouvre…Je le sens, c’est mon tour…J’ai peur…Et en effet, c’est mon tour…Je suis sortie de la pièce, je vois le ciel, le soleil, l’odeur de la terre, les insectes, tout est comme avant !!! Je suis libre !!! Non, en fait, j’ai mal…Deux énormes pinces roses pâles me serrent au niveau de la ceinture…J’ai peur encore et j’ai mal…Soudain, on accroche mes bottes à deux autres pinces, cette fois d’un rouge vif et humide…J’ai mal…Mais ce n’est rien au vu de qui se rapproche de moi !!! C’est terrible !!! Je peux pas y croire !!! Tant de journées dans le noir, dans les secousses permanentes, juste avec des souvenirs flous…Pour terminer comme ça…
La pièce est restée ouverte, les autres me voient, elles sauront bientôt la vérité sur le monde extérieur, la liberté…17 me regarde, m’observe de cette fameuse pièce. Plus cultivée que nous toutes, elles arrivent à lire les inscriptions au niveau de ma ceinture… : Gauloise blonde…

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